Comprendre l’actualité : un cours du pétrole négatif ?

A la mi-avril, le cours de la référence américaine WTI (équivalent du Brent européen) est passé temporairement en territoire négatif, jusqu’à près de -40 $/baril. Comment en est-on arrivé là ?

Les cours du brut ont subi une double peine depuis le début de l’année. D’abord, dès les premiers signes d’épidémie de Covid-19 en Chine, avec les inquiétudes sur la dynamique de la croissance économique mondiale, et donc sur la demande de brut, le pétrole étant le « sang » de l’économie. Ensuite, début mars, avec l’éclatement de l’accord dit « OPEP+ », qui avait accordé des quotas de production, depuis fin 2016, aux membres de l’OPEP et à quelques autres pays producteurs (notamment la Russie).

Résultat ? Une demande en berne, avec -30 voire -35 millions de barils par jour de consommation effacée (soit 1/3 de la demande mondiale de brut en temps normal) et une offre en hausse, avec la fin des quotas de production et même, temporairement, une course aux volumes entre l’Arabie Saoudite et la Russie. Et donc des cours du brut sous forte pression.

Mais comment un prix peut-il passer en territoire négatif ? Cela est lié à une particularité du contrat américain, qui se règle à échéance avec livraison physique (physical settlement), ce qui a obligé les détenteurs de positions sur ce contrat (plus précisément l’échéance de mai, qui a expiré depuis) à se précipiter pour s’en débarrasser, afin d’éviter un stockage particulièrement difficile et coûteux (les cuves étant proches de la saturation compte tenu de l’excès d’offre persistant depuis plusieurs semaines). Le coût du stockage était en fait si élevé que les détenteurs de ce type de contrat ont été prêts à payer pour l’éviter. Un peu comme quand des banques achètent de la dette souveraine allemande à taux d’intérêt négatif, pour éviter de placer à la BCE à un taux encore plus négatif.

Si le Brent, pour lequel l’échéance du contrat ne donne lieu qu’à un échange de flux financiers (cash settlement) et pas à une livraison physique, il n’y a pas ce risque de passage en territoire négatif. En revanche, il restera lui aussi sous pression tant que la dynamique de la demande ne connaîtra pas une embellie, alors que le retour aux quotas annoncé début avril par l’OPEP+ (et les baisses de production à venir dans les pays hors OPEP+ où les producteurs ne sont plus retables) reste insuffisant pour éponger l’excès d’offre du marché.

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