Des indices actions « skewed to the upside »

Le Covid-19 n’est pas prêt à être relégué au second plan. Après quelques jours de déconfinement, le taux de reproduction (le fameux « R0 ») du Covid-19 est repassé au-dessus du seuil critique de 1 en Allemagne, signalant une ré-expansion potentielle de l’épidémie. De nouveaux cas ont été recensés en Corée du Sud et, en France, où l’aventure a commencé ce matin, un collège se trouve un nouveau « cluster » du virus.

Pire, les problèmes juridiques, politiques et géopolitiques réémergent. La BCE s’est vue sommée de justifier ses achats actifs au regard de son mandat de maintien du taux d’inflation autour de 2%. La Maison Blanche a rappelé que la Chine est dans son viseur et que les importations de biens américains ont intérêt à augmenter sous peine de nouvelles taxes douanières. L’Irlande s’inquiète de voir les négociations autour du Brexit continue de patiner, réduisant chaque jour la probabilité de trouver un accord commercial d’ici la fin de l’année.

Et pourtant, les marchés d’actions montent (encore en Asie aujourd’hui et à l’ouverture en Europe, avant d’abandonner leurs gains en milieu de séance). Certes, ils restent proches de leurs points hauts récents et peinent à franchir un nouveau cas à la hausse. Mais la tendance est bien là, y compris pour les secteurs et entreprises les plus cycliques et les plus exposées aux conséquences de la crise sanitaire actuelle.

On peut toujours trouver un moyen de se rassurer. Il est vrai que le R0 est un indicateur très volatil, qui pourra repasser en deçà du seuil de 1 aussi rapidement qu’il ne l’avait franchi. Que la BCE, déjà appuyée avec vigueur par la Commission européenne, par la voix de sa présidente ces derniers jours, n’aura a priori aucun mal à justifier son action et à garantir l’unité de la zone euro. Que les derniers échanges entre les délégations américaines et chinoises semblent relativement cordiaux et constructifs.

Mais tout cela constitue un tableau de risques, pour lesquels des probabilités non nulles doivent être intégrées. Y compris la cohérence et l’union de la zone euro, particulièrement mises à l’épreuve dans le contexte actuel.

Certes, les espoirs d’un traitement efficace pouvant littéralement changer la donne sont aussi présents, à quelques jours de la publication des conclusions de l’étude Discovery, menée à l’échelle européenne afin de tester l’efficacité de quatre médicaments. Mais le couple rendement / risque semble encore aujourd’hui mal pricé.

D’où le titre que j’ai choisi aujourd’hui pour cet article : les indices actions semblent constamment bénéficier d’un biais haussier, « skewed to the upside« . Le long épisode protectionniste de 2018-2019 nous l’avait déjà montré, avec une chute du T4-2018 rattrapée en quelques semaines début 2019 après les commentaires du gouverneur de la Fed, J. Powell, indiquant que l’institution était évidemment prête à faire tout le nécessaire pour soutenir l’économie. Et cela continuera : les Etats et les banques centrales sont là ; les uns créent de la dette que les autres achètent, et tout peut continuer.

Ne jetons toutefois pas le bébé avec l’eau du bain. De trop nombreux commentateurs ou « experts » indiquent qu’une crise apocalyptique est à nos portes et qu’il faut donc vendre toutes ses actions et se ruer vers l’or. Or, même si le premier point ne peut effectivement pas être totalement exclu pour les mois à venir (un reconfinement dans un pays majeur étant une catastrophe potentielle menaçant l’économie mondiale), une analyse pragmatique d’investisseur sur les marchés financiers incite à considérer ce biais haussier comme une opportunité, au moins sur un horizon d’investissement relativement court (quelques semaines à quelques mois), pour envisager de se repositionner rapidement sur les indices actions si une correction sévère (au moins 10%) venait à se matérialiser.

Les actions restent une source de rendement particulièrement rare aujourd’hui, avec des taux souverains (et tous les produits d’épargne qui y sont corrélés) au tapis. Il existe donc, encore une fois du moins à court terme, une limite à leur repli, avec des banques centrales et des Etats qui sauront rassurer pour permettre un rebond ensuite. Se repositionner aujourd’hui semble peu attractif. Mais il s’agit d’être prêt à le faire en cas de sévère correction.

Et je rejoindrai les plus pessimistes lorsque les petites filles aux allumettes, la BCE et ses amies, verront la fin du paquet arriver

Note : je partage ici mes vues personnelles. Investir sur les marchés financiers comporte des risques dont vous êtes le seul responsable.

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