Fiche de lecture – Vers la guerre – Graham Allison (2017)

L’Amérique et la Chine dans le Piège de Thucydide ?

Deuxième exemple de fiche de lecture complète.

Politologue, professeur émérite à Harvard, fondateur et doyen de la Kennedy School of Government, l’école publique d’affaires de Harvard., Graham Allison a été conseiller de plusieurs secrétaires d’Etat à la Défense sous les présidences de R. Reagan, B. Clinton et B. Obama.

Dans cet ouvrage, G. Allison revient sur les grands conflits de l’histoire dus à l’émergence d’une nouvelle puissance venant concurrencer une puissance déjà en place. Il alerte ainsi sur le risque de conflit armé entre les Etats-Unis et la Chine, en donnant toutefois en fin d’ouvrage des pistes visant à éviter cette issue.

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« Buy the rumor, sell the news »

Slogan bien connu des marchés financiers, ce dernier décrit une situation de plus en plus fréquente, dans laquelle les investisseurs se positionnent « comme si » jusqu’à l’échéance, et débouclent leurs positions pour prendre leur profit juste avant la confirmation de celle-ci.

Prenons un exemple : une réunion de banque centrale est prévue dans trois semaines, et il est fort à parier que l’institution va se montrer encore plus conciliante dans la conduite de sa politique monétaire. Les investisseurs vont donc immédiatement se positionner dans cette optique : baisse des taux d’intérêt du pays en question, dépréciation de sa devise, hausse de ses marchés d’actions,… Et le jour de ladite réunion (ou plutôt la veille, et même quelques jours avant la plupart du temps), les positions se débouclent et les tendances s’inversent.

Voilà ce que décrit ce slogan qui peut paraître obscur de prime abord.

A présent imaginons que la remontée des marchés d’actions depuis mi-mars soit l’oeuvre, une nouvelle fois, de ce type de comportement de plus en plus fréquent sur les marchés financiers.

Que des investisseurs bien informés aient eu l’envie de se positionner pour le « coup d’après », le début d’enraiement de l’épidémie et la réouverture des économies, tout en sachant qu’il faudrait déboucler ses positions rapidement dès que cela deviendrait concret.

Alors les niveaux actuels d’indices ne seraient pas justifiés et il faudrait, aujourd’hui, de toute urgence, déboucler soi-même ses positions afin d’éviter la nouvelle vague de ventes à venir si aucun traitement ou vaccin n’est trouvé et, pire, si un reconfinement doit être envisagé, ce qui est loin de pouvoir être exclu à ce stade.

Comprendre ce type d’approche est essentiel dans le monde économique et financier d’aujourd’hui. Les prix des actifs reflètent toute l’information disponible, mais pas seulement celle concernant le présent, aussi celle permettant d’appréhender l’avenir, parfois dans un sens arrangeant, celui qui permet de faire des profits.

Ce qu’un latéral sur les indices, pourtant justifié dans le contexte actuel, ne permet pas…

Consolidation ou début de correction ?

Après un mois de stabilisation, les principaux indices actions se sont nettement orientés à la baisse sur les deux dernières séances (environ -4% en Europe), principalement sur fond d’inquiétudes grandissantes quant au rythme d’enrayement de l’épidémie.

L’expert médical de la Maison Blanche, A. Fauci, et les personnalités de l’OMS ont largement contribué à ce regain de doutes (en tempérant les espoirs de découverte rapide de traitements ou de vaccins, voire en indiquant que le Covid-19 pourrait finalement ne jamais disparaître totalement).

Ces révélations sont particulièrement dures à digérer pour un pays, les Etats-Unis, qui ont fait le choix d’un confinement plus tardif et plus souple, et d’une réouverture de l’économie plus rapide. N’y avait-il pas derrière cette stratégie l’espoir de progrès médicaux suffisamment rapides pour sortir grand gagnant de l’épreuve ?

La « task force » que vient de mettre sur pied D. Trump pour trouver une solution médicale révèle en tout cas toute l’importance donnée au problème sanitaire de l’autre côté de l’Atlantique.

Et pour cause, les gouvernements commencent à regarder à la dépense (encore une fois particulièrement aux Etats-Unis, où trois plans budgétaires massifs ont déjà été votés) et les banques centrales refusent – pour l’instant du moins – à s’enfoncer encore davantage en territoire inconnu, ce qu’a notamment réitéré le gouverneur de la Fed J. Powell hier, en confirmant rejeter, aujourd’hui, l’idée de taux directeurs négatifs.

J’indique depuis plusieurs jours sur ce site que les niveaux d’indices et de valorisation sont trop peu attractifs pour renforcer son exposition aux marchés d’actions. Deux cas de figure s’offrent à tout investisseur aujourd’hui : 1/ attendre que la correction s’amplifie (pour atteindre 10% environ) pour racheter à bon compte ; 2/ rester investi voire renforcer sa position mais lâcher cette dernière en cas de rebond au-delà de la chute récente.

Sauf, dans le premier cas de figure, à ce que la correction sévère soit due à une probabilité nettement supérieure de reconfinement massif dans un pays majeur (il faudrait alors attendre plutôt 20% de correction au moins). Et sauf, dans le deuxième cas de figure, à ce qu’un traitement ou un vaccin efficace soit rapidement découvert, ce qui permettrait un déconfinement plus rapide et un rebond de l’activité plus prompt.

Un seul mot d’ordre pour les jours à venir donc : surveiller le déconfinement. Et à l’heure où le nombre de cas repart à la hausse en Italie et en Espagne, et à n’en pas douter, bientôt en France, ma préférence va au premier cas de figure.

Encore un peu de patience…

Note : je partage ici mes vues personnelles. Investir sur les marchés financiers comporte des risques dont vous êtes le seul responsable.

Des indices actions « skewed to the upside »

Le Covid-19 n’est pas prêt à être relégué au second plan. Après quelques jours de déconfinement, le taux de reproduction (le fameux « R0 ») du Covid-19 est repassé au-dessus du seuil critique de 1 en Allemagne, signalant une ré-expansion potentielle de l’épidémie. De nouveaux cas ont été recensés en Corée du Sud et, en France, où l’aventure a commencé ce matin, un collège se trouve un nouveau « cluster » du virus.

Pire, les problèmes juridiques, politiques et géopolitiques réémergent. La BCE s’est vue sommée de justifier ses achats actifs au regard de son mandat de maintien du taux d’inflation autour de 2%. La Maison Blanche a rappelé que la Chine est dans son viseur et que les importations de biens américains ont intérêt à augmenter sous peine de nouvelles taxes douanières. L’Irlande s’inquiète de voir les négociations autour du Brexit continue de patiner, réduisant chaque jour la probabilité de trouver un accord commercial d’ici la fin de l’année.

Et pourtant, les marchés d’actions montent (encore en Asie aujourd’hui et à l’ouverture en Europe, avant d’abandonner leurs gains en milieu de séance). Certes, ils restent proches de leurs points hauts récents et peinent à franchir un nouveau cas à la hausse. Mais la tendance est bien là, y compris pour les secteurs et entreprises les plus cycliques et les plus exposées aux conséquences de la crise sanitaire actuelle.

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Une semaine pour rien sur les marchés financiers ?

Les indices actions européens sont revenus au même point qu’en fin de semaine dernière, prolongeant en fait une tendance de stabilisation à l’oeuvre depuis le 15 avril.

Quels sont les prochains points à surveiller ?

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Crises économiques et révolutions des institutions politiques

Les crises économiques profondes sont toujours suivies par des changements politiques majeurs. Cet article propose de revenir sur quelques épisodes historiques de crises économiques suivies de changements sociaux et institutionnels profonds, pour se baser ensuite sur cette grille de lecture pour tenter de confirmer qu’effectivement, des modifications majeures nous attendent dans les mois et années à venir.

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Fiche de lecture – Les esprits animaux – Akerlof et Shiller (2009)

Exemple de fiche de lecture complète.

Depuis l’après guerre, la macroéconomie et la finance ont pris une dimension particulièrement scientifique (anticipations rationnelles, efficience forte des marchés,…)

Or, après le déclenchement de la crise de 2008, les auteurs de ce livre, G. Akerlof (Nobel 2001) et R. Shiller (Nobel 2013) ont voulu mettre en exergue les comportements irrationnels (déjà mis en lumière par Keynes dans les années 1930) qui sont au coeur de l’économie et des marchés financiers.

Ils mettent ainsi en avant 5 motivations non économiques et comportements non rationnels (les « esprits animaux« ) qui se retrouvent dans les 8 plus grandes questions économiques.

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Comment aborder les marchés financiers aujourd’hui ?

Investir, que ce soit en Bourse, dans l’immobilier ou dans une formation, est un pari sur l’avenir, qui découle d’une appréciation d’un couple rendement / risque à réévaluer constamment.

Evaluons donc ce couple rendement / risque pour un investisseur sur les marchés financiers aujourd’hui.

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Mes fragments choisis du Gai Savoir de Nietzsche (1882)

Pour la réflexion en ce week-end prolongé (et confiné !), je vous propose quelques aphorismes que j’ai pu noter après avoir lu « Le Gai Savoir » de Nietzsche à deux reprises.

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